Les Requins Marteaux développent depuis bientôt deux décennies une structure des plus atypique
dans le milieu de la bande dessinée. À la fois éditeurs, producteurs de films, concepteurs d’expositions
et organisateurs de festivals, leur approche tentaculaire décline sur différents supports l’univers souvent
irrévérencieux et sans concessions des auteurs maison.

Fondé en 1991 à Albi par Guillaume Guerse, Marc Pichelin et Bernard Khatou, ce collectif à géométrie variable –
actuellement composé de dessinateurs, scénaristes, graphistes, comédiens, musiciens, réalisateurs, plasticiens
ou mécaniciens – est très vite rejoint par Pierre Druilhe et Moolinex. Ils vont créer et animer ensemble le journal Ferraille, qui connaît une première vie en kiosque de 1996 à 2001. En 2002, Felder, Cizo et Winshluss reprennent la direction éditoriale du titre qui devient alors Ferraille Illustré et accueille la crème de la scène graphique contemporaine.

Le ton volontiers décalé de la revue s’appuie sur un efficace sens du détournement. Il va poser les
fondamentaux de la mythologie liée aux Requins Marteaux et donner naissance au fil des numéros à
une galerie de personnages devenus cultes : Monsieur Pabo et Monsieur Ferraille bien sûr, mais aussi le rédacteur en chef Franky Baloney, régulièrement mis sous pression par Edouard-Michel Méroll, actionnaire majoritaire du groupe Ferraille Publication. En marge du journal, le catalogue des Requins Marteaux va rapidement s’étoffer pour compter désormais un peu plus d’une centaine de titres publiés autour d’auteurs
tels que Bouzard, Squarzoni, Guerse, Pichelin, Morvandiau, Blexbolex, Danny Steve, Bertoyas, Mathieu Sapin, Moolinex, Winshluss, Cizo, Felder, Willem, Morgan Navarro, Mrzyk et Moriceau, Martes Bathori, Tanxxx, Quentin Faucompré, Aude Picault…

Le soin apporté à la fabrication des ouvrages, ainsi qu’une ligne éditoriale exigeante située au carrefour de la bande dessinée, de l’illustration et de l’art contemporain sont récompensés en 2009, avec l’obtention du prix
du meilleur album au Festival d’Angoulême pour le Pinocchio de Winshluss. Ce même Winshluss qui – avec
son complice Cizo – va contribuer à émanciper l’esprit « Ferraille » du support livre pour lui faire notamment prendre vie sous forme de courts-métrages d’animation. Citons les très remarqués Raging Blues (2003), O’ boy! What nice legs ! (2002) et Hollywood superstars avec Mr Ferraille (2002), mais aussi les films en prises de vues réelles tels que Entre 4 planches (2008) et Villemolle 81 (2009). Enfin, Les Requins Marteaux sont également à l’origine des expositions itinérantes consacrées au « Supermarché Ferraille » (2002) et au « Musée Ferraille » (2003), particulièrement inventives en terme de concept et de scénographie.

En 2009, l’exposition « Il était une fois l’huile » est programmée au Lieu Unique à Nantes, elle présente pour
la première fois les dessous de la réussite de l’empire Méroll et lève le voile sur une partie de la collection d’art de son discret fondateur : Edouard-Michel Méroll. Enthousiasmé par le résultat, ce dernier confie aux Requins Marteaux le soin d’organiser en collaboration avec la galerie Arts Factory, les festivités célébrant les 20 ans de
la FMAC : la Fondation Méroll pour l’Art Contemporain. Aujourd’hui à Bordeaux, Les Requins Marteaux ont intégré la Fabrique Pola. Les projets sont plus réjouissants que jamais et l’ambiance est super bonne. Le Festival de la bande dessinée d’Angoulême 2013 a conforté Les Requins Marteaux dans leurs choix : La Bibite à bon dieu de Bouzard a été récompensé par le prix Schlingo et Willem, un auteur phare de la maison, a été élu Grand Prix pour l’ensemble de son œuvre.